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DOK – Democracy is OK

Kuźnia Demokracji

Liberté, égalité, démocratie – au coeur de l’histoire polonaise

Ines Roy-Lewanowicz, 07-06-2016

Noviny. L’actualité centrée sur l’Europe centrale et orientale

WARSZAWA, MANIFESTACJA 4 CZERWCA 2016 (© Arcadush David)

WARSZAWA, MANIFESTACJA 4 CZERWCA 2016 (© Arcadush David)

Ce samedi 4 juin 2016, j’ai fait partie de l’histoire.

Avec 50 000 de mes concitoyens, nous avons frôlé les pavés Varsoviens en l’honneur de la démocratie, en mémoire des élections semi-libres de 1989 et en hommage aux hommes et aux femmes qui ont, depuis, lutté et mis en place la démocratie en Pologne. Démocratie aujourd’hui mise en danger par le parti au pouvoir (PiS- Droit et Justice).
C’était la marche pour la liberté. 

14h30

Je retrouve les Jeunes du KOD (Mlody KOD) à la place Bankowy. Nous organisons notre

Une partie du Jeune KOD à la fin de la manifestation du 4 juin 2016

participation au défilé : nous traverseront le centre-ville depuis la place Bankowy jusqu’à la place symbolique de la Constitution. Installation des banderoles au sommet de leurs mâts, répartition des pancartes, drapeaux et banderoles, définition des objectifs : montrer que les jeunes aussi savent l’importance de la démocratie et de l’état de droit. Nous nous armons de nos slogans« Les jeunes KOD pour la démocratie », « Dire qu’on est neutre dans le combat entre le bien et le mal c’est soutenir le mal » (référence à un commentaire de Jaroslaw Gowin)…

15h30

En route vers la scène qui se trouve un peu plus loin. Sur cette grande estrade installée sur la place, des organisateurs s’affairent avant que toutes les foules n’arrivent. Nous nous plaçons devant, au pied de la scène, parmi des dizaines de personnes qui attendent elles-aussi le début de la manifestation, certaines venues de loin exprès pour l’occasion. La moyenne d’âge est d’environ 55 ans (à vue d’oeil), heureusement que nous sommes là pour la baisser, au moins un peu. Petit à petit, nous apercevons des politiques de l’opposition arriver devant et derrière la scène, les anciens présidents, des dirigeants de partis de l’opposition, anciens ministres, journalistes déchus depuis l’arrivée de PiS, membres de l’opposition au pouvoir des années 80… Des centaines d’autres personnes rejoignent la foule, pancartes, affiches, drapeaux du KOD, drapeaux polonais, européens et même anglais (en soutien de la Grande Bretagne à quelques jours du référendum du Brexit) à la main. Des slogans tels que « Attention, PiS méchant » (jeu de mot entre le nom du parti et « pies » qui veut dire chien en polonais) ou encore « Make love not PiS » brandis par la foule. Oui, les défenseurs d’une Pologne et d’une Europe forte étaient bien présents, dans l’humour et la bonne humeur.

16h10

Les premiers discours sur la scène commencent enfin. Deux camarades du Jeune KOD ont l’honneur de commencer : ils lisent la lettre écrite par les anciens présidents de Pologne et des opposants importants de Solidarnosc, des créateurs de l’histoire prônant la foi en une Pologne démocratique et européenne, appelant les Polonais à se mobiliser. Puis, les personnalités politiques présentes prennent la parole une par une – présidents, anciens opposants politiques au communisme, politiques actuels, tous salue
nt la foule, remercient les gens d’être venus et rappellent l’importance de la démocratie.

À côté de la scène, les organisateurs vêtus de leurs dossards verts et jaunes fluo délimitent les différentes zones du défilé à l’aide d’un long ruban rouge. Un espace est délimité exprès pour les politiques et les
présidents. Nous nous faufilons avec nos pancartes des Jeunes vers cet espace réservé et attendons la fin des discours que tout le monde se dirige vers le départ du défilé.

16h40

Le groupe de motards du KOD, armés de leurs lunettes, drapeaux et goodies à l’effigie du KOD activent leurs moteurs et leurs sirènes. Ils s’avancent en tête du cortège. Imposants et bruyants, ils montrent notre détermination. Puis, les fameuses personnalités politiques descendent de scène et se dirigent vers la zone qui leur a été délimitée. Ils passent à un mètre de moi. D’abord, les présidents Kwasniewski et Komorowski encerclés de journalistes en folie qui manquent de me renverser. Suivent Mateusz Kijowski, le leader du KOD, ainsi que l’ancienne première ministre Ewa Kopacz, les leaders de différents partis de l’opposition, des héros de Solidarnosc et de l’opposition des années 80-90. Ils se placent devant moi, derrière une banderole du KOD. Derrière, la foule s’est rapprochée et tente de se frayer un passage vers l’avant. Tout le monde est impatient d’avancer.
Enfin, la marche peut commencer.

Il fait chaud, le soleil tape fort, nous redoublons d’énergie. Chacun tente de lever son drapeau ou sa pancarte plus haut que les autres, comme pour montrer que son soutien de la démocratie est plus fort. Nous nous exclamons en coeur« Liberté, égalité, démocratie! ». Le signe de paix des majeurs et index levés en l’air forment une forêt au dessus des milliers de têtes. Le cortèges des présidents et autres politiques s’est rapidement fait dépasser par des centaines de manifestants qui, eux, n’étaient pas bloqués par les journalistes et photographes ou encore des fans à la recherche de selfies. Mais bon nombre d’entre nous les suivait encore, comme pour dire que ceux parmi eux qui ont construit l’histoire, nous empruntons à présent leur pas avec de nouveaux leaders tel que l’initiateur du KOD, Mateusz Kijowski, qui défilait à côté d’eux.

À des kilomètres de là, le chef du parti PiS, Jarowslaw Kaczynski, fait un discours dénonçant les manifestants, nous qualifiant de « rebelles ». La nouvelle se répand rapidement parmi les manifestants.

17h50

Nous arrivons place de la Constitution. Bon nombre de gens y sont déjà et attendent devant la scène que les différentes personnalités y prennent la parole. Ces derniers y montent et, un par un, parlent à la foule.

Aleksander Kwasniewski, président entre 1995 et 2000, nous rappelle ces moments pendant lesquels il prenait part aux négociations de la table ronde et l’incertitude de l’issue de ces négociations. Mais ils savaient qu’ils devaient le faire. De la même manière, nous devons continuer à manifester, pour le bien de la démocratie, de la liberté. Mateusz Kijowski, lui aussi fait référence à l’histoire et l’importance de la date célébrée en ce jour : le 4 juin 1989, les élections « furent gagnés à 100% par la Pologne libre », c’est cet héritage-là qui nous rassemble aujourd’hui.

La grande opposante au régime communiste Danuta Kuron se dirige vers l’avant de la scène pour nous rappeler les événements qui ont lieu en Ukraine depuis plusieurs années et appelle à la solidarité avec le peuple ukrainien, cette solidarité qui nous a permis de sortir du communisme et a influencé de nombreux pays du bloc à l’époque. Nous menons le même combat pour la liberté.

Le président Komorowski (2010-2015) a fait référence à la qualification qui a été faite de nous : des rebelles. Nous pouvons être fiers, nous avons évolué de statut de « pire sorte de Polonais » à des « rebelles », Kaczynski a voulu nous offenser, il n’y arrivera pas. Un autre grand opposant au régime dans les années 80, Adam Michnik, a ajouté, en s’adressant à Jaroslaw Kaczynski et reprenant les paroles de l’hymne national polonais : « la Pologne n’a pas encore disparue, tant que nous vivons ».

Frasyniuk, militant des années 80 et démocrate, s’avance vers le micro et invite les Jeunes KOD à monter sur scène, comme futur de la Pologne, pour que nous ne lâchions pas la lutte pour la liberté, la démocratie et la solidarité. Et pour finir a appelé la foule à s’adresser avec lui à Kaczynski : « Jarek, nous vaincrons! » (Jarek est le diminutif de Jaroslaw).

18h30

C’est sur l’hymne polonais chanté en coeur et un « liberté, égalité, démocratie » que la foule commence à rompre les rangs. Certains courant encore derrière certains politiques pour leur demander un autographe en souvenir de cette manifestation. Les Jeunes KOD nous réunissons à côté de la scène, plions nos pancartes et banderoles et allons les ramener devant KPRM, leMatignon polonais où le KOD manifeste en permanence depuis plus de 80 jours pour pousser la première ministre à publier la décision du tribunal constitutionnel sur la loi anticonstitutionnelle que le gouvernement a voulue faire passer il y a quelques mois. Avant de nous séparer et nous retrouver bientôt à une nouvelle manifestation.

C’est ainsi que j’ai participé à l’histoire, en côtoyant ceux qui l’ont faite (certains mieux que d’autres – il ne faut pas malgré tout oublier les erreurs de certains), ceux qui la font et ceux qui la feront, en partageant des valeurs communes à ces milliers de gens qui marchaient à côté de moi, en faisant partie du peuple polonais, européen, démocratique et libre.

 

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